Compartiment no 6


Traduction de l'échantillon

Translator: Anne Papart

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Moscou, recroquevillée dans le froid sec, s’enfonçait dans la nuit glacée de mars, se protégeant du contact du soleil rouge du couchant. La jeune fille monta dans la dernière voiture- couchettes en queue du train, chercha son compartiment, le no 6, et respira profondément. Dans le wagon il y avait quatre couchettes dont celles du niveau supérieur avaient été rabattues contre le mur. Entre les lits une petite table, recouverte d’une nappe blanche et un vase à fleurs en plastique qui arborait un oeillet en papier rose pâli par le temps. Au pied du lit, une étagère où s’entassaient de grands colis attachés maladroitement. Elle fourra sa pauvre vieille valise donnée par Zahar dans le compartiment à bagages sous la banquette, dure et étroite, et jeta son sac à dos sur le lit. Lorsque la pendule de la gare sonna pour la première fois, elle sortit dans le couloir et resta debout devant la vitre. Elle respirait l’odeur du train: fer, poussière de charbon, odeurs laissées par des dizaines de villes et des milliers de gens. Les voyageurs et ceux qui les accompagnaient la bousculèrent au passage en la poussant avec leurs valises et leurs colis. Elle toucha la fenêtre froide et regarda le quai. Ce train l’emporterait à travers les villages peuplés de déportés, les villes ouvertes et fermées de Sibérie jusqu’à la capitale de la Mongolie, Oulan-Bator.

Quand l’horloge de la gare sonna pour la deuxième fois, elle aperçut un homme au corps robuste et aux oreilles de choux. Il portait un parka de travailleur et une toque en peau d’hermine. Il était accompagné par une belle femme aux cheveux noirs et un teen-ager qui se tenait à côté de sa mère. Ils lui dirent adieu et s’éloignèrent la main dans la main vers la gare. L’homme fixait le sol. Il tourna le dos au vent glacé du nord, pinça une cigarette du Goulag Belomorkanal, la porta à ses lèvres, l’alluma, fuma un instant. Il tirait rapidement sur la cigarette. Puis, il écrasa le mégot sous sa semelle et resta debout, grelottant. Quand l’horloge de la gare sonna pour la troisième fois, l’homme sauta dans le train. La jeune fille regarda cet homme qui avançait dans le couloir d’un pas oscillant. Elle espéra qu’il n’ entrerait pas dans son compartiment. Espérance vaine.

Après avoir hésité un instant, la jeune fille rentra dans le wagon et alla s’asseoir sur sa couchette. En face de l’homme dont elle sentait le froid la pénétrer. Tous les deux étaient silencieux. L’homme la regardait timidement ; elle, fixait l’œillet de papier, incertaine. Quand le train se mit en branle, le quatuor pour cordes no 8 de Chostakovitch jaillit dans le couloir, des haut-parleurs en plastique.

 

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